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Martinet, ce sont les libraires qui en parlent le mieux

Ainsi, Stéphane Émond, qui dirige à La Rochelle la merveilleuse librairie Les Saisons (y a-t-il un plus joli nom ?). On le cite in extenso à propos de La grande vie qu’il défend avec ardeur et finesse :

« On la tient la bluette de l’été, le roman d’évasion, le livre de plage ! La grande vie de Jean-Pierre Martinet nous attendait car ce très court roman est tout cela à la fois. Martinet est mort en 1993 à l’âge de 49 ans dans l’oubli absolu – dans son excellente postface au livre, Eric Dussert évoque la courte traversée du désert qu’a été sa vie. Il a laissé moins de cinq romans et des nouvelles dont cette Grande vie publiée pour la première fois dans la revue Subjectif des éditions du Sagittaire, on ne dira jamais assez le rôle que jouèrent dans les années 70/80, les jeunes Sorin et Guégan avant de devenir les éditeurs et écrivains que l’on sait.

Adolphe Marlaud vit rue Froidevaux le long du cimetière du Montparnasse, il manque d’y mourir d’ennui ou de chagrin, travaille comme il peut quand il n’est pas malade mais il va voir sa vie être engloutie au sens propre du mot, sans crier gare, dans ce qui ressemble bien à une apothéose érotique, grotesque et quasi lyrique, chez Martinet « il n’y a pas de drame, ni de tragédie, il n’y a que du burlesque et de l’obscénité. » On en rêve de la Grande vie mais Martinet a raison, il n’y pas de petite vie, ni de grande, il y a la vie tout court et on fait avec. Le livre est bleu comme la mer ou le ciel. On y rit mais jaune, on pleure mais sans les larmes et on y est étrangement attendri en permanence par cette langue pauvre et délicate, sensuelle et polie. »