Derrière la bibliothèque

La guerre de 14 finira bien un jour par lasser les écrivains qui, lors d’une période récente, ont redécouvert les vertus littéraires des poilus. Au risque de la fascination, de la morbidité ou de l’inélégance. Ne faudrait-il pas mieux relire les grands textes, pas toujours accueillis dans le panthéon officiel, comme La Peur de Gabriel Chevallier ou Hommes en guerre d’Andreas Latzko ? Ceux-là sont régulièrement redécouverts. Il reste néanmoins quelques noires pépites à extraire de la tranchée, certains enfouis parce qu’ils dérangent trop, encore. On peut compter Derrière l’abattoir parmi ces œuvres qui vrillent l’esprit et le cœur. Écrit par Albert-Jean, bien oublié, il prend la forme d’un roman pour raconter le destin de ces « récupérés », hommes d’infortune, éclopés et demi-morts dont la populace concierge, avide de traquer les planqués, exigea le départ au front. Réunis pour leurs classes, auscultés vaguement par de crasseux médecins plus hypocrites qu’Hippocrate , on les voit se traîner dans la boue et expier d’une mort certaine un crime introuvable. Livre bref et éreintant, servi par une colère froide, Derrière l’abattoir, qui paraîtra dans L’Alambic d’Éric Dussert, devrait prendre place dans les rayons de la bibliothèque fantôme de la Grande Guerre. Dans notre Arbre le 8 novembre, quelques jours avant la célébration du centenaire que l’on sait.