La grande vie

par Jean-Pierre Martinet

  • Préface d’Éric Dussert
  • Illustrations de couverture : Alain Verdier

 

« Je pensais souvent à ce cinéaste japonais, Ozu, qui avait fait graver ces simples mots sur sa tombe : « Néant ». Moi aussi je me promenais avec une telle épitaphe, mais de mon vivant. »

Adolphe Marlaud habite un appartement avec vue sur le cimetière qui domine la rue Froidevaux, une de ces rues où « on meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin et d’ennui. » N’ayant réussi à n’être ni fantôme, ni homme invisible, en exil, cet étrange voyageur d’hiver s’est fixé une ligne de conduite : « vivre le moins possible pour souffrir le moins possible. »
C’est sans compter sur Madame C., sa concierge, qui guette amoureusement son passage du haut de ses deux mètres pour le contraindre à des actes qu’une quatrième de couverture doit taire.
Jean-Pierre Martinet, l’auteur de cette longue nouvelle parue en 1979 dans Subjectif, est mort en 1993 : il a marqué les lecteurs, trop rares, qui ont croisé son œuvre. En attendant de redécouvrir ses textes les plus denses, cette Grande vie signalera aux intrépides son talent halluciné et les noirs excès de son humour désespéré.

 

  • EAN 13 : 978-2-916141-10-7
  • 64 pages
  • 9  €

 

Feuilleter le livre


La grande vieLa grande vieLa grande vieLa grande vieLa grande vieLa grande vieLa grande vieLa grande vie

grande_ligne_points

Presse

 

  • Le Bathyscaphe - Numéro 1 – Décembre 20007

 

  • Remue.net - 22 décembre 2006

 

Virée nocturne, de bar en bar, en compagnie de Jean-Pierre Martinet (1944-1993).

 

« Ce soir-là, en rentrant chez lui, après avoir renversé une bonne dizaine de poubelles, égorgé trois chiens et giflé un aveugle saoul qui l’avait pris pour Marilyn Monroe (…), il se dit que, décidément, il n’avait plus grand chose à voir avec le gentil petit garçon que sa grand-mère emmenait tous les soirs, en hiver, sous les flocons de neige en coton hydrophile, aux « Dames de France », place Abel-Surchamp, à Libourne, se gâver de pâtes de coing à cinq francs, au milieu des ampoules rouges et bleues clignotantes. »

Ainsi débute, sur les chapeaux de roues, c’est une habitude chez Martinet, un récit paru une première fois dans la revue Subjectif en mai 1978. On ne peut que remercier les éditions Finitude de le rééditer, attirant ainsi l’attention sur un écrivain singulièrement absent du paysage littéraire français. À croire que son humour tranchant, sa dérision presque désespérée, ses gros souliers capables d’écraser pas mal de moi et de sur-moi en cours de route font, mine de rien, un peu peur en ces temps où, il faut bien le souligner, « je » devient de moins en moins souvent « un autre ». Lui, il en rirait sans doute, s’il pouvait encore le faire.

Né à Libourne en 1944, Jean-Pierre Martinet vécut longtemps à Paris, d’abord comme assistant-réalisateur à l’ORTF puis comme critique (études consacrées à Jaccottet, à Roud, à t’Sterstevens et surtout à Henri Calet qu’il permit de redécouvrir au début des années 80) avant de devenir kiosquier à Tours et de boucler la boucle en regagnant sa ville natale, pour y mourir, en 1993.

La mort se promène comme chez elle dans son oeuvre (dominée par un grand roman, Jérôme, éd. Le Sagittaire, 1978). Elle prend ses aises. Jamais triste, plutôt enjouée. Désirant vivre, sortir la nuit et multiplier les breuvages fermentés sous la lune ou sur le zinc cuivré des bars ouverts jusque tard. Ainsi dans Nuits bleues, calmes bières. Où il s’agit, ni plus ni moins, d’aller à la rencontre d’un mort (le narrateur en personne), visiblement content de l’être et désirant même (il se propose comme guide) qu’on le suive dans ses virées nocturnes et parisiennes, légèrement teintées d’ivresse, parsemées de bulles et d’écume, de comptoir en comptoir…

« La dernière fois que l’on avait sonné à sa porte, c’était pour lui apporter un télégramme annonçant sa mort. Il l’avait ouvert en tremblant, puis, lisant le texte, il avait éclaté de rire. Pour fêter l’évènement, il avait bu plusieurs bières rousses. »

Martinet, ironique et mordant, a dû penser qu’il valait mieux faire son propre travail de deuil avant de mourir. Après, c’est évidemment trop tard. Ce serait aux autres de le faire… Et comme l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même… Le voilà donc, l’espace d’une quarantaine de pages, mort pour de faux et s’occupant, comme il peut, à ne pas l’être.

Il n’est pas étonnant de croiser sur le bitume quelques ombres qui cherchent en aveugle un dernier havre où se réchauffer avant de s’éclipser. Ce sont ses proches en écriture (Henri Calet, Emmanuel Bove, Yves Martin) qui se paient ainsi un ultime passage dans la réalité.

Un autre livre de Jean-Pierre Martinet (avec préface complice et bien documentée d’Éric Dussert) vient de paraître à l’Arbre Vengeur. Il s’agit d’une longue nouvelle, publiée elle aussi précédemment dans la revueSubjectif qu’animait Gérard Guégan. Son titre, La Grande vie, ne doit pas faire illusion. La camarde pointe encore aux avant-postes. Adolphe Marlaud, le narrateur, est non seulement employé dans un magasin d’articles funéraires mais il habite, de plus, rue Froidevaux, un appartement qui offre une vue plongeante sur le cimetière Montparnasse. Madame C., concierge véloce et veuve affamée (éprise de Luis Mariano et de Max Du Veuzit) le guette tous les soirs du haut de ses deux mètres pour l’empoigner et le contraindre, lui qui pèse « à peine trente-huit kilos », à la rejoindre dans sa loge pour satisfaire ses désirs les plus fous.
Histoire trépidante et cocasse (mais attention : “il n’y a pas de drame, chez nous, messieurs, ni de tragédie, il n’y a que du burlesque et de l’obscénité”) où l’humour de Martinet, pas loin de rappeler, par moments, le rire – sans parler des amours – jaune de Tristan Corbière, atteint une fois de plus sa cible.

Jacques Josse

 

  • Livres Hebdo - Vendredi 10 novembre 2006

 

L’ombre de Martinet

 

Deux minces volumes réhabilitant le plus méconnu des grands écrivains libournais, Jean-Pierre Martinet.

 

La bibliographie de Jean-Pierre Martinet (1944-1993) n’encombre pas les étagères. L’ensemble étant composé de trois romans, dont le magnifique Jérôme (Sagittaire, 1978) où la mort rôde à chaque page, qui mériterait une réédition; d’un essai sur A. T’Serstevens (Alfred Eibel, 1975); d’un récit, aussi noir que tendu,Ceux qui n’en mènent pas large (Le Dilletante), avec une couverture illustrée par Tardi.
Assistant-réalisateur à l’ORTF, Martinet n’eut pas la reconnaissance qu’il méritait, admiré uniquement d’une poignée de fervents lecteurs. Dans Ascendant Sagittaire (Parenthèses, 2001), le livre qu’il a consacré à son travail éditorial, Gérard Guégan lâchait ceci: « La désespérance, son unique et toute-puissante maîtresse, paracheva l’œuvre de la maladie –  une hémiplégie lui avait ôté, deux ans auparavant, l’usage d’une grande partie du corps. Jean-Pierre Martinet mourut le 19 janvier 1993 chez sa mère, dans cette ville de Libourne qu’il haïssait depuis sa naissance »

Deux fines maisons bordelaises proposent un heureux tir groupé qui ravivera le nom d’un écrivain maudit ayant largement contribué à la redécouverte d’Henri Calet. Le volume de Finitude reprend deux nouvelles des années 1970, Nuits bleues, calme bières et L’orage, respectivement extraites des revues Subjectif et Matulu. Celui de l’Arbre vengeur exhume une longue nouvelle également tirée de Subjectif.

Redoutant la nuit qui vient avec la tristesse indéfinissable, les personnages de ces textes se sont décomposés au fil des ans; « Vieil enfant au regard amer », Martinet dit de l’un qu’il est mort depuis longtemps, « comme le clerc Bartleby ou certains héros d’Henry James ».
Pour tenir bon, il lui reste les bières, rousses, blondes ou brunes, les dérives nocturnes et alcoolisés dans un XVe arrondissement peuplé d’épaves. « Personne ne peut supporter la solitude, même les objets. Personne ne peut vivre sans amour »… Martinet vole à haute altitude dans le ciel littéraire. Il est grand temps de lever la tête vers lui.

Alexandre Fillon

 

 

  • La Tribune de Genève - Samedi 16 décembre 2006

 

« La grande vie »

 

Mort en 1993 à 49 ans, Jean-Pierre Martinet n’a publié que quelques textes, lus par bien peu de monde. Nouvelle parue en 1979 dans l’éphémère revue Subjectif, La grande vie oppose un chétif employé de pompes funèbres et la concierge géante qui en fait son amant terrorisé. Nous sommes dans le registre du monstrueux, puis de l’inquiétant. La fin fait peur.