Précipité
par Julien Grandjean

Périlleux et frivole, salutaire et dérisoire, amateur de jeu de massacre où l’on a du mal à distinguer la victime du bourreau, l’auteur encore inconnu de ce volume manie un verbe tranchant qui le distingue de ses contemporains doucereux. Ses personnages, qui mordent, cognent et se débattent n’ont que quelques lignes pour exister. Elles suffisent pourtant à nous signaler qu’un écrivain est né.
Julien Grandjean, s’il doit beaucoup à de prestigieux aînés comme Robert Walser ou Hermann Ungar, déploie avec ces pages un univers et un ton qui lui permettent une belle entrée en littérature.
Mais le laissera-t-on entrer ?

Illustrations de couverture : nenc
EAN 13 : 978-2-916141-15-2
96 pages
Prix : 9  €

Feuilleter le livre


PrécipitéPrécipitéPrécipitéPrécipitéPrécipitéPrécipitéPrécipitéPrécipitéPrécipité

grande_ligne_points

Presse

• Article paru dans Brèves, vol. 85

Article paru dans Livres-Hedbo n°690, 18 mai 2007

• Article paru dans Vient de paraître, n°30, octobre 2007

On voudrait que les éditions de l’Arbre vengeur aient la cote, comme peuvent l’avoir dans les médias français des éditeurs comme Finitude, les éditions du Sonneur ou autres : un travail d’édition soignée, de vrais choix, un joli sens de la démesure, et un vrai catalogue avec quelques joyaux d’auteurs plus ou moins délirants. Il y a chez cet éditeur du « patrimoine », qui apparaît d’autant plus qu’il est sélectionné avec intelligence, voire parcimonie : Bloy, Richepin, Renard font partie de ces auteurs à redécouvrir, d’une vraie finesse, heureux détenteurs d’une belle langue française. Les éditions de l’Arbre vengeur, sises à Bordeaux, permettent aussi à des auteurs reconnus ou « cultes » de publier des textes moins grand public (plus exigeants ?) : Odile Massé, Marc Petit… ou ce premier livre: Précipité de Julien Grandjean. Un sens du rythme, un goût maîtrisé du mystère et une série d’étranges personnages donnent à ces courts récits une belle cohérence. C’est bref, ramassé, autant promesse que pari tenu. Noirs mais jamais morbides, délirants mais jamais gratuits, ces petits mystères en prose sont esquissés en quelques lignes, dans des tons gris qui fascinent et ne s’apaisent jamais. Une forme d’adresse sourde est dans ces textes : comme si les personnages devaient réintégrer quelque vérité et n’y parvenaient jamais, piégés dans leurs métamorphoses ou leurs obsessions. Aussi viennent-ils s’échouer dans ces récits, comme dans un dernier tour de magie.
« De l’avis général le jeune Jossmuche n’était qu’une tête de nœud, le type même du bon à rien. Néanmoins, cette nuit-là, bruissait en lui l’idée d’un grand départ. Et après ? Allait-il pour autant quitter la maison de ses pères ? En effet, il n’y résista pas : après avoir refermé la porte avec soin il s’enfonça dans les rues sombres. Hélas, au bout de quelques mètres, il tomba dans un trou. », lit-on au début de l’un de ces récits aux couleurs du Bartleby de Melville.

Marc Blanchet

 

• Article paru dans Sud-Ouest Dimanche, 10 juin 2007

Les alchimies du précipité

C’est un premier livre, et il est arrivé, précise l’éditeur, par la poste. L’auteur s’appelle Julien Grandjean, il a 30 ans et vit à Nancy. L’éditeur est L’Arbre vengeur et, depuis quelques titres, il a plus habitué ses farouches partisans à des textes et à des auteurs sortis de l’oubli qu’à du blé encore en herbe. Peu importe. Ce qui compte dans l’affaire ce sont les histoires et leurs articulations, et, à cet exercice de chimie fulgurante, le fameux précipité, Julien Grandjean passe l’examen haut la main. Chez lui, on sent une capacité et un goût à écrire bref, percutant et avec distance, à explorer les arcanes d’une médiocrité, d’une hardiesse, d’un courage ou simplement d’une tentative d’exister. À ce sujet, la nouvelle intitulée « Naissance d’un écrivain » est une petite merveille de joaillerie.

Serge Airoldi