{"id":2345,"date":"2010-06-21T19:18:01","date_gmt":"2010-06-21T18:18:01","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/arbrev4\/?p=2345"},"modified":"2013-12-03T19:20:45","modified_gmt":"2013-12-03T18:20:45","slug":"liberation-des-microbes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/?p=2345","title":{"rendered":"Lib\u00e9ration des Microbes"},"content":{"rendered":"<p>Avouable plaisir que de retrouver\u00a0<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/livres\/0101641798-la-litterature-antibiotique-de-diego-vecchio\" target=\"_blank\">sous la plume de\u00a0<\/a><strong><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/livres\/0101641798-la-litterature-antibiotique-de-diego-vecchio\" target=\"_blank\">Mathieu Lindon<\/a><\/strong>\u00a0un fort bel article sur le jeune\u00a0<em><strong>Microbes<\/strong><\/em>\u00a0du non moins jeune\u00a0<strong>Diego Vecchio<\/strong>, dernier n\u00e9 de la collection\u00a0<em>for\u00eat invisible<\/em>\u00a0anim\u00e9e par Robert Amutio : une analyse fine et d\u00e9taill\u00e9e de ce recueil dangereusement s\u00e9duisant intitul\u00e9e\u00a0&#8220;La litt\u00e9rature antibiotique de D.V.&#8221;\u00a0et dont voici le contenu :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans l\u2019histoire compliqu\u00e9e des liens entre science et litt\u00e9rature,\u00a0<em>Microbes<\/em>, de l\u2019Argentin Diego Vecchio n\u00e9 en 1969, est un \u00e9v\u00e9nement.\u00a0On conna\u00eet les \u00e9crivains m\u00e9decins (Tch\u00e9khov, C\u00e9line). Mais la question est ici\u00a0: comment gu\u00e9rir par la litt\u00e9rature\u00a0? Pas psychiquement mais bien organiquement. Avec une \u00e9rudition humoristique et une imagination aussi fantaisiste que rigoureuse, les neuf nouvelles du recueil pr\u00e9sentent des cas rares. Chacune d\u00e9couvre une maladie dans une r\u00e9gion du monde diff\u00e9rente pour mieux arriver \u00e0 une ironie universelle qui ne laisserait aucune litt\u00e9rature debout (ni la scandinave, ni la russe, ni la nord-am\u00e9ricaine, ni la japonaise, ni l\u2019argentine\u2026). Cette mondialisation est explicit\u00e9e dans le dernier texte, quand il s\u2019agit\u00a0<em>\u00abde ce que tout le monde appelait \u00e0 Paris la fi\u00e8vre espagnole des bordels\u00a0; mais qu\u2019on nommait en Belgique<\/em>\u00a0morbo galicus,\u00a0<em>en Hollande, le mal belge et en Prusse la peste hollandaise et ainsi de suite jusqu\u2019en Chine\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re nouvelle, madame Kristensen raconte, pour les endormir, des histoires si efficaces \u00e0 ses enfants que, de fil en aiguille, elle en vient \u00e0 publier divers recueils de contes dont la lecture signifie gu\u00e9rison,\u00a0<em>\u00abContes pour enfants atteints d\u2019otite aigu\u00eb purulente\u00bb, \u00abContes pour enfants atteints de rougeole\u00bb, \u00abContes pour enfants atteints de coqueluche\u00bb<\/em>. Mais c\u2019est un lieu commun que l\u2019\u00e9crivain a parfois du mal \u00e0 sortir indemne de l\u2019aventure de l\u2019\u00e9criture.\u00a0<em>\u00abUne telle fr\u00e9n\u00e9sie productive finit, bien entendu, par \u00e9puiser son syst\u00e8me immunitaire. [\u2026] Madame Kristensen avait pass\u00e9 trop d\u2019heures \u00e0 \u00e9crire pr\u00e8s du fourneau allum\u00e9, afin que ses doigts ne g\u00e8lent pas, tout en respirant un air vici\u00e9 par l\u2019anhydride carbonique, qu\u2019exhale bien \u00e9videmment le fourneau, et par l\u2019anhydride carbonique qu\u2019exhale de mani\u00e8re moins \u00e9vidente un corps qui \u00e9crit, et d\u00e9pense \u00e0 cet effet 74\u00a0calories par ligne.\u00bb\u00a0<\/em>Sa sant\u00e9 physique, voici ce que l\u2019\u00e9crivain met en jeu en \u00e9crivant.<\/p>\n<p>L\u2019inventive dr\u00f4lerie de\u00a0<em>Microbes\u00a0<\/em>tient du tour de force. Il s\u2019agit d\u2019une reconstruction du monde effectu\u00e9e juste \u00e0 travers la m\u00e9decine et la litt\u00e9rature et d\u2019o\u00f9 tout le reste d\u00e9coule. La premi\u00e8re phrase de \u00abL\u2019homme au tabac\u00bb raconte que la Southern Tobacco Company a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 payer deux millions de dollars \u00e0 Joshua Lynn. La deuxi\u00e8me phrase est\u00a0:\u00a0<em>\u00abCette sentence cr\u00e9e un pr\u00e9c\u00e9dent sans pareil dans l\u2019histoire p\u00e9nale de la litt\u00e9rature, faisant na\u00eetre l\u2019espoir de milliers d\u2019\u00e9crivains fumeurs.\u00bb<\/em>\u00a0Joshua Lynn est un auteur de science-fiction qui imagine qu\u2019en 2061 le monde recommence \u00e0 z\u00e9ro, Dieu refaisant le job, s\u00e9parant la lumi\u00e8re des t\u00e9n\u00e8bres le premier jour et sans plus d\u2019originalit\u00e9 les jours suivants. A ceci pr\u00e8s.\u00a0<em>\u00abDieu cr\u00e9a alors l\u2019homme \u00e0 son image. Et aussi la femme. Plut\u00f4t que de prendre une c\u00f4te \u00e0 Adam, Dieu lui arrache un ongle. Cet infime d\u00e9tail change radicalement le cours des \u00e9v\u00e9nements. Dans cette seconde version de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, Eve n\u2019est pas une cr\u00e9ature de chair et d\u2019os, encline aux tentations, mais un \u00eatre de mati\u00e8re corn\u00e9e, \u00e0 demi translucide, croissant de plusieurs millim\u00e8tres par jour et laissant entrevoir ses visc\u00e8res.\u00bb<\/em>\u00a0(Il faut lire le texte pour comprendre l\u2019influence du tabac dans l\u2019affaire.) Dans le cas d\u2019anorexie japonaise de Kathy Ishiyama, on tente d\u2019abord de mettre plusieurs strat\u00e9gies \u00e0 l\u2019\u0153uvre<em>. \u00abMonsieur Ishiyama consid\u00e9rait que pour remettre Kathy (32,5\u00a0kg) en app\u00e9tit la meilleure solution \u00e9tait de l\u2019emmener en consultation chez un m\u00e9decin nutritionniste. Madame Ishiyama, par contre, pensait que la meilleure solution pour remettre Kathy (31,8\u00a0kg) en app\u00e9tit \u00e9tait de recourir aux m\u00e9decines alternatives du Japon [\u2026]. Kathy (30,7\u00a0kg) d\u00e9sirait seulement qu\u2019on la laisse tranquille.\u00bb<\/em>\u00a0Il y a un moyen pour faire manger Kathy,\u00a0<em>\u00abla phrase surprise des bonbons Sh\u00f4ga\u00bb<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une nouvelle campagne publicitaire de la marque ne fasse tourner l\u2019aventure au drame.<\/p>\n<p>Chacune des nouvelles a un aspect joyeux malgr\u00e9 le caract\u00e8re \u00e9pouvantable des \u00e9v\u00e9nements. \u00abL\u2019homme \u00e0 la cervelle\u00bb, l\u2019histoire argentine, tourne autour des \u0153uvres d\u2019un \u00e9crivain du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0qui, \u00e0 partir d\u2019un h\u00e9ros vampire<em>, \u00abnarraient des histoires sanguines plus que sanglantes en parfaite concordance avec les progr\u00e8s de l\u2019h\u00e9matologie\u00bb<\/em>. A l\u2019\u00e9poque, les Argentins mangeaient mal, \u00e9taient trop gros<em>. \u00abDe ce probl\u00e8me de sant\u00e9 publique, Evaristo sut faire une source d\u2019inspiration.\u00bb<\/em>\u00a0Car son vampire a des papilles gustatives pouvant\u00a0<em>\u00abidentifier, \u00e0 partir d\u2019une seule goutte extraite de la carotide de la victime, la composition chimique du sang\u00bb<\/em>. Et il est capable, chirurgien et laboratoire d\u2019analyse et de transfusion \u00e0 lui tout seul, de ponctionner, si n\u00e9cessaire,\u00a0<em>\u00abdes lipides, et rien que des lipides\u00bb<\/em>. La r\u00e9putation des vampires, ici mus par\u00a0<em>\u00able souverain bien\u00bb<\/em>, en aurait \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e si ne survenait un malencontreux accident de voiture.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mathieu Lindon,\u00a0<em>Lib\u00e9ration<\/em>\u00a0du 17 juin 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avouable plaisir que de retrouver\u00a0sous la plume de\u00a0Mathieu Lindon\u00a0un fort bel article sur le jeune\u00a0Microbes\u00a0du non moins jeune\u00a0Diego Vecchio, dernier n\u00e9 de la collection\u00a0for\u00eat invisible\u00a0anim\u00e9e par Robert Amutio : une analyse fine et d\u00e9taill\u00e9e de ce recueil dangereusement s\u00e9duisant intitul\u00e9e\u00a0&#8220;La litt\u00e9rature antibiotique de D.V.&#8221;\u00a0et dont voici le contenu : \u00ab\u00a0Dans l\u2019histoire compliqu\u00e9e des liens entre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":2352,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-2345","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2345","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2345"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2345\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2353,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2345\/revisions\/2353"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2352"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2345"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2345"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2345"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}