{"id":4809,"date":"2018-01-27T10:42:42","date_gmt":"2018-01-27T09:42:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/?p=4809"},"modified":"2018-02-04T18:07:49","modified_gmt":"2018-02-04T17:07:49","slug":"le-temps-passe-lautofictif-persiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.arbre-vengeur.fr\/?p=4809","title":{"rendered":"Le Temps passe, l&#8217;Autofictif persiste"},"content":{"rendered":"<p>Aventure de longue haleine, la publication de <em><strong>L&#8217;Autofictif<\/strong><\/em> a suscit\u00e9 des fid\u00e9lit\u00e9s qui rassurent tant la volatilit\u00e9 des critiques ets parfois manifeste. En t\u00e9moigne les articles r\u00e9guliers d&#8217;Isabelle R\u00fcf, critique litt\u00e9raire au Temps de Gen\u00e8ve, qui vient de proposer dans ses colonnes une interview de l&#8217;auteur :<\/p>\n<p><em>Il y a dix ans, Eric Chevillard entreprenait de publier en ligne, chaque jour, trois courts textes sous le titre L\u2019Autofictif. Les Editions de l\u2019Arbre vengeur en firent un livre au terme de chaque ann\u00e9e. Pour la dixi\u00e8me, ce courageux \u00e9diteur publie un impressionnant volume qui les r\u00e9unit toutes, sous le titre L\u2019Autofictif ultraconfidentiel. Il ne devrait pas le rester, car cette entreprise sans \u00e9gale offre un immense r\u00e9servoir o\u00f9 puiser au hasard des jours et des humeurs. On y trouve des choses vues et \u00e9pingl\u00e9es, des piques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde litt\u00e9raire et des exercices d\u2019admiration, un bestiaire fabuleux, des aphorismes qui rappellent parfois l\u2019efficacit\u00e9 de Jules Renard ou l\u2019\u00e9tranget\u00e9 d\u2019Henri Michaux mais qui sont toujours du pur Chevillard \u2013 que ce soit le subtil et tendre romancier de Ronce Rose, le critique ac\u00e9r\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 dans Le Monde des livres ou le satiriste sans piti\u00e9 de Prosper Brouillon.<\/em><\/p>\n<p><em>Il y a dans L\u2019Autofictif de petites fictions \u2013 l\u2019auteur forme un temps son successeur et le maltraite tel l\u2019apprenti sorcier \u2013, des impressions de voyage, les perles de ses filles. Sous la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, en basse continue, un fond de gai d\u00e9sespoir, de col\u00e8re et de d\u00e9sillusion. C\u2019est bien un portrait de l\u2019auteur en blogueur qui se dessine en arri\u00e8re-plan. Des scories, il y en a forc\u00e9ment un peu, des r\u00e9p\u00e9titions et des facilit\u00e9s: dans une \u00e9l\u00e9gante pr\u00e9face, l\u2019auteur s\u2019en excuse. Des notes, il en a toujours pris.<\/em><\/p>\n<p><strong>Le Temps: Pourquoi avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de rendre vos notes publiques et de vous imposer cette contrainte?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Eric Chevillard:<\/strong> Je les ai toujours publi\u00e9es, en r\u00e9alit\u00e9. Mais, avant de tenir ce journal en ligne, je les faisais entrer de force dans mes romans. Quelquefois elles s\u2019y ench\u00e2ssaient \u00e0 merveille; souvent, elles d\u00e9tonaient ou juraient avec le reste. La facilit\u00e9 de publication sur Internet leur a offert un espace propre. L\u2019Arbre vengeur m\u2019a tr\u00e8s vite propos\u00e9 de les \u00e9diter, mais mon intention premi\u00e8re \u00e9tait justement de passer outre les formes et les formats courants de l\u2019\u00e9dition papier. Je m\u2019en suis finalement trouv\u00e9 bien. Il me semble en effet que le texte lu jour apr\u00e8s jour, \u00e0 vif et sur le vif, n\u2019est pas exactement celui du livre imprim\u00e9 o\u00f9 le texte se fige et s\u2019ordonne tout comme, disait Malraux, \u00abla mort change la vie en destin\u00bb. Ces deux lectures sont int\u00e9ressantes et ne s\u2019excluent pas.<\/p>\n<p><strong>\u2013 \u00abL\u2019Autofictif\u00bb: un clin d\u2019\u0153il ironique \u00e0 la mode de l\u2019autofiction, en plein essor il y a dix ans? Ou un autoportrait cach\u00e9 dans le dessin des notes?<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 C\u2019\u00e9tait franchement ironique \u00e0 l\u2019origine. Et pourtant, si l\u2019on comprend litt\u00e9ralement le terme autofiction, ce titre nomme assez bien la nature de ce texte. Je m\u2019y cherche et je trouve des suspects qui me ressemblent et que j\u2019interroge. J\u2019observe et je riposte, la mauvaise foi est aussi sinc\u00e8re que l\u2019aveu, tout est permis. Un fait de langue est un acte, une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p><strong>\u2013 La contrainte correspond-elle aux gammes du pianiste, annon\u00e7ant un autre livre \u00e0 venir ou engendre-t-elle une \u0153uvre autonome?<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 Ces notes me viennent souvent en marge du roman que j\u2019\u00e9cris, elles en sont alors plut\u00f4t des rejets, des excroissances ou des fus\u00e9es qui n\u2019y trouvent pas vraiment place et parfois m\u2019int\u00e9ressent davantage que le texte auquel je travaille, comme la mouche au th\u00e9\u00e2tre qui nous distrait de la pi\u00e8ce: que fait-elle l\u00e0? d\u2019o\u00f9 vient-elle? o\u00f9 va-t-elle se poser? sur quel cr\u00e2ne?<\/p>\n<p><strong>\u2013 Disposez-vous d\u2019un fonds d\u2019urgence en cas de disette ou de filet trou\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 Le stock n\u2019est jamais tr\u00e8s consid\u00e9rable. J\u2019aime avoir une vingtaine de notes en r\u00e9serve, ce qui me permet de construire l\u2019entr\u00e9e du jour (toujours compos\u00e9e de trois fragments) de mani\u00e8re plus fine, avec des rimes internes ou des effets d\u2019\u00e9cho. Mais parfois, je secoue mon carnet pour en extraire trois mots. Il faudra faire avec, car l\u2019assiduit\u00e9 est importante et il s\u2019agit de nager encore au creux de la vague.<\/p>\n<p><strong>\u2013 Apr\u00e8s la publication de \u00abL\u2019Ultraconfidentiel\u00bb, \u00abL\u2019Autofictif\u00bb continue en 2018. Est-il sans autre fin que celle de l\u2019auteur?<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 Ou sa lassitude, qui peut arriver avant la fin. Elle ne pointe pas encore ou, quand elle para\u00eet, cette force d\u2019inertie aussi est mise \u00e0 l\u2019ouvrage. Contrairement \u00e0 toute autre forme d\u2019\u00e9criture, la note n\u2019est pas le fruit d\u2019un travail. Elle peut na\u00eetre de la fatigue, de l\u2019ennui, du r\u00eave, du hasard.<\/p>\n<p><strong>\u2013 La contrainte est-elle devenue addiction?<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 Une discipline plut\u00f4t, mais \u00e0 laquelle je m\u2019astreins sans effort, presque machinalement parfois. Ce ne sont apr\u00e8s tout que quelques gestes: noter dans le carnet qui ne me quitte pas l\u2019id\u00e9e qui m\u2019est venue, la reporter le soir sur un fichier avec les autres, en s\u00e9lectionner trois que j\u2019articule entre elles en privil\u00e9giant tant\u00f4t l\u2019harmonie tant\u00f4t la dissonance, puis poster, comme on dit, le billet sur le blog. Quelques gestes et quelques minutes.<\/p>\n<p><strong>\u2013 \u00abL\u2019Autofictif\u00bb est tr\u00e8s discret sur sa vie priv\u00e9e. Pourtant il cite parfois ses deux filles: a-t-il leur accord?<\/strong><\/p>\n<p>\u2013 Elles le savent et parfois me demandent si je vais reprendre telle ou telle de leurs r\u00e9flexions. Souvent alors je mouche ces petites pr\u00e9cieuses ridicules (plus pr\u00e9cieuses que ridicules) parce que leur intervention ne m\u00e9rite pas de figurer dans l\u2019\u0153uvre de leur p\u00e8re. C\u2019est un jeu d\u2019enfant que je joue avec elles, parce que nous nous retrouvons aussi dans ces inventions verbales et ces paradoxes plus ou moins ing\u00e9nus. Mais jamais je ne raconterai leur vie, bien s\u00fbr.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aventure de longue haleine, la publication de L&#8217;Autofictif a suscit\u00e9 des fid\u00e9lit\u00e9s qui rassurent tant la volatilit\u00e9 des critiques ets parfois manifeste. 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