Quinzinzinzili

par Régis Messac

 

Collection l’Alambic

 

Bien sûr, cela fait des décennies que la littérature nous annonce l’anéantissement de la race humaine, notre capacité à nous détruire ne se discutant plus. Beaucoup de livres pour un sujet aussi crucial, mais dans le lot peu de chefs-d’œuvre…
Quinzinzinzili, ce roman au titre improbable, est pourtant de ceux-là, ses rares lecteurs n’en démordent pas, qui s’étonnent toujours de son ironie visionnaire, de son pessimisme halluciné et de ses trouvailles géniales. Publié en 1935, il a été imaginé par Régis Messac (1893-1945), considéré comme l’un des précurseurs du genre, et nous entraîne après le cataclysme, à la suite du dernier des adultes, témoin stupéfait de la renaissance du genre humain : sous ses yeux désabusés, un groupe d’enfants réinvente une Humanité dont l’Histoire a disparu. Et Messac, qui sait que la Civilisation est mortelle, nous offre le spectacle d’une poignée de gosses en train de lui régler son compte…
Stupéfiant, Quinzinzinzili renaît et devrait susciter l’admiration de ceux qui croient davantage aux vertus des Lettres qu’à celles de l’Homme.

 

  • EAN 13 : 9-782916-1411-83
  • 200 pages
  • 13  €

 

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Presse

 

 

 

 

  • Remue.net - Décembre 2007

 

http://remue.net/spip.php?article2548

 

Quinzinzinzili renaît grâce à L’Arbre Vengeur.

 

Bonne nouvelle : Quinzinzinzili, l’introuvable et irremplaçable roman de Régis Messac, publié en 1935 à La Fenêtre Ouverte, est à nouveau disponible. On doit cette réédition à L’Arbre Vengeur, un habitué de ce genre de surprises (on se souvient par exemple – mais il y en a d’autres – de La Grande Vie de Martinet).

Alors, Quinzinzinzili, Kesaco ?

C’est d’abord un petit détour par l’histoire en cours au moment même (1934) où l’auteur s’attelle à son récit. Messac, par le biais de son narrateur, d’emblée, la détourne. Et ce faisant, ne se trompe pas vraiment. Tout au moins, au début. Coupures de journaux (« la république nous appelle : sachons vaincre ou sachons périr ») et harangues politiques à l’appui (« haut les coeurs, sus au Boche, et vive la France ! »), il passe en un clin d’oeil (et avec cinq ans d’avance) des prémices de la guerre à la guerre elle-même.

« Ce que je peux dire, en gros, c’est qu’il y eut une première période, que j’estime à trois semaines (mais ce fut peut-être trois mois, ou trois jours), où la guerre ressembla presque à une guerre, je veux dire à celle de 1914. »

Celui qui s’exprime ici se nomme Gérard Dumaurier. Il note (réfugié en un asile incertain) « les cauchemars délirants » qui semblent bien être ses souvenirs. Ce qu’il sait, ce qu’il écrit, c’est qu’après la période dite de « guerre normale », il y eut brusquement un orage puissant, un bombardement, une explosion, « un fracas formidable », des éboulements, des roulements de roches. Bref, un vrai cataclysme et, au final, un monde totalement détruit où lui, Dumaurier, jeune précepteur parti en pique-nique estival en Lozère, et la poignée d’enfants qui l’accompagnaient, deviennent, à l’abri dans une grotte, les derniers survivants de l’humanité.

C’est cette survivance et l’adaptation des enfants ensauvagés à ce monde détruit que Régis Messac invente et décortique. Il y ajoute son humour, son ironie, sa lucidité et surtout son pessimisme ravageur.

« Je me suis mis à étudier ces dégénérés comme on étudierait une colonie de fourmis.
Vraiment, ce ne sont plus des hommes, ni des fils d’homme. Pour tâcher de les comprendre, il me faut faire un effort, un effort considérable. Ils se sont fait à mon insu, quoique à mes côtés, tandis que je macérais dans mon découragement, un langage à eux, une explication du monde à eux, des habitudes, un genre de vie à eux. »

Ces enfants ne mettent pas longtemps à découvrir la violence, l’amour, la force, les armes précaires, le culte du chef. Ils se trouvent également un dieu. Le prient, le vénèrent. Et, par un tour de passe-passe, une trouvaille langagière dont ils ont le secret, lui donnent un nom. Ce dieu qui détient les clés de l’inexplicable, c’est Quinzinzinzili !
Le nom, surgi de leur mémoire, a été récupéré au milieu des rebuts de vieilles prières : « Pater Noster / Qui es in coelis ». Et c’est par le biais d’une phonétique approximative que ce « qui es in coelis » est devenu Quinzinzinzili.

La suite est dans le livre. Avant de l’écrire, Régis Messac a pu voir (longuement) grands et petits chefs à l’œuvre. L’humanité, autant dire qu’il n’y croit pas. Ou plus. Né en 1893, il a été mobilisé et expédié aux tranchées dès 1914. Il n’en reviendra qu’en 1919. Entre temps, une balle lui aura troué le crâne… Il ressort de là plus pacifiste (et militant) que jamais. Écrit articles, notes, chroniques tout en s’intéressant à la sociologie, la littérature, la science-fiction, le fantastique et les utopies. La préface d’Éric Dussert (l’animateur de L’Alamblog, halte ô combien revigorante) est à ce sujet très documentée et instructive.

De cette guerre qu’il décrit avec un peu d’avance, la faisant totale et dévastatrice à l’extrême, Régis Messac ne reviendra pas. Arrêté au printemps 1943, il sera en effet interné à la prison de Fresnes, puis déporté au Struthof avant d’être emmené en Silésie puis au camp de Gross-Rosen où il disparaît en 1945.

« Moi, moi… Je ne sais plus. Je ne sais plus qui je suis. Ni si je suis.
Oh, et puis…
Qu’est-ce que ça peut me faire ?
M’en fous, Quinzinzinzili !
Quinzinzinzili ! »

Jacques Josse

 

 

  • Cafard Cosmique - 3 Novembre 2007

 

www.cafardcosmique.com/Quinzinzinzili-de-Regis-MESSAC

 

1935. Une guerre chimique ravage le monde. Seuls rescapés, un homme et une demi-douzaine d’enfants errent dans la Lozère dévastée. L’homme se fait alors le témoin de la renaissance de l’humanité. Il dit comment la horde réinvente la guerre, l’amour et la géométrie. Il raconte comment elle se donne un dieu bizarre et enfantin, une étrange figure du destin : QUINZINZINZILI.
Lorsque est parue en 2006 l’anthologie Chasseurs de chimères, c’est une veine oubliée de la science-fiction qui a été remise à jour. Faisant œuvre d’archéologue, Serge LEHMAN exhumait ainsi les vestiges oubliés d’une littérature de science-fiction française et par-là même, bouleversait bon nombre d’idées reçues sur le genre.
Auparavant pour le commun des mortels, il n’existait point de SFF entre Jules VERNE et BARJAVEL. Seule une poignée d’irréductibles érudits désormais chenus, voire quelques lecteurs pointus de l’ Encyclopédie de l’utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction compilée par Pierre VERSINS, ou encore de manière étonnante Didier DAENINCKX pouvaient contredire cette assertion. La réédition longtemps attendue de Quizinzinzili de Régis MESSAC est une nouvelle pierre apportée à la refondation de l’Histoire de la SFF.

Comme beaucoup d’écrivains populaires de son époque, Régis MESSAC était un polygraphe curieux de tout. Grand lecteur de romans policiers – les Detective Novels comme on disait à l’époque – on lui doit notamment un essai fondamental sur le sujet. On lui doit également la création de la collection Les Hypermondes dédiée à l’esprit prospectif, à l’imagination hypothétique, bref tout ce que l’on appelait pas encore couramment science-fiction. On peut dire que MESSAC ne nourrissait pas une grande admiration pour la Grande Littérature, cette littérature qui pose. Son pamphlet A bas le latin ! contribua à le marginaliser davantage dans son milieu. Avec une douloureuse clairvoyance, il ne nourrissait pas non plus une haute estime pour le genre humain. Quinzinzinzili témoigne bien de cet état d’esprit.

On est à mille parsecs de l’esprit américain, ouvert sur les grands espaces intersidéraux et l’aventure ; n’oublions pas que les premiers grands cycles de space opera sont contemporains de ce roman. Celui-ci s’ouvre de la même manière que Malevil de Robert MERLE [En fait, c’est le roman de MERLE qui commence comme Quinzinzinzili pour être historiquement exact].

La deuxième guerre mondiale a fini par embraser le monde. L’extermination, ici causée par un gaz modifiant la composition de l’atmosphère, est totale. Seuls un groupe d’enfants et un adulte ont survécu car ils visitaient un réseau de grottes au moment du cataclysme. Commence alors le récit de « l’après » apocalypse, un récit désespéré, celui d’une régression puis d’une réorganisation sur des bases beaucoup plus pessimistes que le roman de MERLE.
Une histoire noire, rehaussée d’un humour grinçant voire caustique des plus réjouissant. Un récit entaché de doute dès le début car le narrateur, le seul adulte du groupe, n’est plus très sûr ni de sa raison, ni de la réalité des événements.

Moi, Gérard Dumaurier… Ayant écrit ses mots, je doute de leur réalité. Je doute de la réalité de l’être qu’ils désignent : moi-même. Est-ce que j’existe ? Suis-je autre chose qu’un rêve, ou plutôt un cauchemar ? L’explication la plus raisonnable que je puisse trouver à mes pensées, c’est que je suis fou.

Dumaurier est un individu ordinaire. Dans sa vie antérieure, il a su trouver le filon : être désigné précepteur des deux fils d’un riche Lord anglais. Désormais, il témoigne du devenir de cet embryon d’humanité sans Histoire, ou si peu qui doit redémarrer à zéro. La régression est totale et ce ne sont pas les maigres connaissances de Dumaurier qui constituent une base viable à la renaissance de la civilisation.

Maintenant, toute la machinerie a sauté en l’air. Anéanties, les machines. Et l’homme de l’âge des machines est tout ce qu’il y a de plus ignorant des machines. Est-ce moi qui pourrais reconstituer la plus simple des mécaniques qui faisaient jadis marcher ma civilisation ? Non, quoique j’aie pu scander des vers de Virgile et traduit Shakespeare en vers français…

De toute manière, il s’avère très rapidement que le bougre ne manifeste aucune velléité pour s’ériger en tuteur. Il s’en fout littéralement du devenir de cette communauté. Il s’en désintéresse et se cantonne à observer et à écrire. Pour qui ? La question le taraude mais ne l’empêche pourtant pas de continuer.
Le groupe d’enfants va donc naturellement grandir et évoluer en vase clos. Avec leurs propres moyens, c’est-à-dire pas grand-chose, et grâce aux bribes de connaissances en géométrie et en Histoire dont ils se souviennent ; connaissances rapidement perverties par leur pulsions animales.

Sur une durée assez floue – peu d’informations sont dispensées sur ce point – ces quelques spécimens de l’espèce humaine, à peine entrés dans l’adolescence, vont s’organiser, redécouvrir le pouvoir, la coercition, les armes rudimentaires, la superstition, la guerre et s’inventer un langage abâtardi. A leur insu, ils vont régler leur compte à la fois au mythe du bon sauvage, cher à ROUSSEAU, et à l’idée de civilisation. Même l’amour qui bourgeonne dans ces corps emplis de sève et autres fluides vite répandus à l’occasion, n’échappe pas au règlement de compte.
L’unique élément féminin, elle-même décrite comme un véritable remède contre l’amour, use et abuse de son attrait sexuel pour ordonner, faire et défaire autour d’elle ce petit monde pathétique. Tout n’est que farce cruelle aux yeux désabusé de Dumaurier qui s’esclaffe devant le spectacle de cette déconfiture de l’humanité.

Evidemment devant tant de pessimisme, on peut être mortifié surtout si on se trouve dans un état d’esprit optimiste. Pourtant, le roman ne franchit pas le cap du nihilisme absolu. Il offre un miroir dans lequel l’humanité peut se reconnaître dans toute sa stupide bassesse et étroitesse d’esprit.
A la décharge de MESSAC, rappelons quand même que le roman date de 1935, époque pendant laquelle les utopies affichaient leurs sinistres figures et où s’amoncelaient sur le monde les nuages du conflit mondial à venir. Il faut convenir qu’il y a là de quoi tempérer les élans d’exubérance du plus sincère optimiste. Bref, pour le lecteur qui lit ce roman près de 72 années plus tard, Quinzinzinzili demeure le cri d’alarme d’une étonnante modernité d’un pacifiste convaincu, d’un homme juste qui finalement n’a pas été entendu.

Oh, et puis…
Qu’est-ce que ça peut me faire ?
M’en fous. Quinzinzinzili !
Quinzinzinzili !