Lovecraft et James

Le très célébré Lovecraft sut se montrer élogieux et payer sa dette à quelques écrivains. parmi eux se distingue M.R. James dont l’écrivain américain fut un thuriféraire appuyé. Qu’on se souvienne de ses mots dans Épouvante et surnaturel en littérature :

« Doté d’un pouvoir presque diabolique pour appeler l’horreur à pas feutrés à partir de la vie prosaïque de tous les jours, le Dr James est l’auteur d’une création fantastique de premier plan.En inventant un nouveau type de fantôme, il s’est éloigné considérablement de la tradition gothique et de ses conventions : ainsi, là où les anciens fantômes étaient pâles et dignes, et perçus par la vue, le fantôme de James est maigre, d’une taille naine, poilu, cauchemardesque, mou et répugnant, qu’on touche le plus souvent avant de le voir.
L’art de M.R. James n’est pas dû au hasard : il a lui-même énoncé trois excellentes règles pour la création fantastique : une histoire de fantôme doit avoir un cadre familier et moderne, pour être plus proche de l’univers du lecteur ; le phénomène macabre doit être maléfique plus que bénéfique, puisque la peur est l’émotion principale à éveiller ; enfin, il faut soigneusement éviter le jargon technique de « l’occultisme » ou de la pseudoscience…
Le Dr James possède, à l’évidence, une excellente connaissance des nerfs et des sentiments humains, il sait exactement doser ses effets, ses images et ses suggestions subtiles pour obtenir le meilleur résultat chez le lecteur. En général, le déroulement laconique d’événements anormaux, adroitement disposés, suffit amplement à produire l’effet cherché d’une horreur grandissante. »