Mince et délicat privilège de la petite édition dite indépendante (ce mot passe-partout ne voulant pas dire grand chose car on dépend toujours de quelqu’un, en l’occurrence pour nous, de notre lectorat heureusement fidèle), la possibilité d’éditer un livre dont on soupçonne d’emblée le très faible potentiel commercial. Le recueil de l’Américain Avram Davidson qui sort aujourd’hui en librairie regroupe pas mal de ces ingrédients qui le voueront à une forme d’inaperçu, immérité certes, mais compréhensible :
– nouvelliste avant tout ;
– auteur mort il y a trente ans ;
– plus édité en France depuis quarante ans (mais c’était par Jean-Patrick Manchette) ;
– adepte d’une littérature de genre inclassable allant de la SF au fantastique historique ;
– irriguant ses textes d’un humour juif pour le moins rare dans le domaine ;
– illustré par une artiste de talent octogénaire (mais d’une vivacité et d’un mordant dont on reste saisi)…
Mais voilà, quand on a découvert les nouvelles de Davidson, plus si faciles que cela à dégoter, on a su que c’était vraiment un auteur pour notre catalogue. Notre cher Matis a mené l’enquête pour retrouver en Californie son ayant-droit, fan absolu qui s’est émerveillé de notre intérêt, et le projet a suivi son cours (il a bien fallu trois ans pour y arriver quand même). La traduction de Jacques Martinache ayant gardé tous ses arômes, nous l’avons conservée. Et la géniale Nicole Claveloux s’est emballée sans hésiter sur notre proposition en composant d’inquiétantes et superbes illustrations.
C’est comme cela qu’aujourd’hui, avec une mise en place digne d’un recueil de mots croisés en araméen (par exemple), “Maintenant, dormons”, titre prophétique ou propitiatoire, paraît en librairie. On envie celles et ceux qui surmonteront tous les obstacles psychologiques et physiques pour se le procurer, car Davidson, c’est vraiment royal !