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Histoires désobligeantes

Léon Bloy

Ces trente contes sont trente couperets, trente condamnations sans merci. Léon Bloy est un écrivain d’un catholicisme furieux qui a plus tendance à excommunier à coups de fourche qu’à compatir les mains serrées: Dieu est dissimulé dans la tapisserie ou la tapis et vient régler leur compte à ses créatures vaniteuses et corriger la bêtise superbement illustrée ici. Bloy juge ses contemporains, son époque, sans hésitation, certain qu’un Jugement viendra le confirmer. Pour lui, le bourgeois est condamné et mérite qu’on se vautre dans ses ridicules. Avec les Histoires désobligeantes comme avec toute son œuvre, le «Mendiant ingrat» s’amuse du destin des hommes, de leur récompense ou de leur châtiment annoncé. Et malheur aux culs bénis ou aux privilégiés du goupillon !

Ses histoires ne recherchent pas l’originalité : elles fonctionnent toutes pour la plupart suivant le même schéma: le crime et son châtiment, et le renversement des valeurs. Les vertueux se révèlent pourris jusqu’au sang et les misérables dévoilent vite leur grandeur d’âme. Histoires désobligeantes, c’est l’exégèse des faits divers crapuleux. Ce n’est donc pas dans l’histoire en elle-même que se trouve le génie de Léon Bloy, mais bien dans sa façon de l’embellir, de la gonfler d’adverbes incongrus et de décrire l’horreur humaine et quotidienne dans la jubilation et le rire. Jusque dans les noms de ses personnages il délire pour choisir l’incongru, le bizarre, le faussement sophistiqué. Parfois un peu faciles et jouant sur des ressorts évidents, on comprend assez vite le système de l’auteur et où il veut en venir. Mais l’important, ce qui fait le sel et le côté indémodable de ces contes cruels, c’est la cruauté justement, le style fort-en-gueule de Bloy, l’invective taillée comme une baïonnette, l’éclat de rire féroce et brutal, la rage en avalanche d’épithètes et de substantifs imparables, catapultés par une plume qui touche sa cible à tout coup. L’« enragé volontaire » vise toujours juste.