
Né en 1900 à Evol près d’Olette, Ludovic Massé grandit à Saint-Jean Pla de Corts, passe par le collège de Céret avant d’intégrer l’école normale à Perpignan de laquelle il ressort instituteur. Bon élève, brillant étudiant, il se distingue déjà par un sens de l’observation aigu, un penchant pour la provocation et un goût prononcé pour la littérature. De son esprit anticonformiste naîtra en 1930 un de ses premiers textes, Fièvre au village. Remarqué par Henri Poulaille, l’apôtre de la « littérature prolétarienne », il publie son premier roman Le mas des Oubells chez Grasset, en 1933, finaliste du Goncourt. Très actif, le jeune écrivain collabore à de nombreux journaux et revues souvent sous pseudonymes. Dans ses textes, il témoigne de son intérêt pour les petites gens, les sauvages, les réfugiés espagnols et les contrebandiers. Suspecté de communisme, quand son tempérament lui fait refuser d’adhérer au moindre credo politique, il renonce à l’enseignement et s’installe à Perpignan.
Continuant à écrire, il devient courtier en tableaux pour les grandes familles de la bourgeoisie catalane. En 1944 paraissent Le livret de famille et Le vin pur, puis La fleur de la jeunesse en 1948, La terre du Liège en 1953, Les trabucayres en 1955, Le Refus en 1962, Le sang du Vallespir enfin en 1980. Sans répit, Ludovic Massé passera son existence à se démarquer des mouvements de masse et à revendiquer sa liberté. Homme de la marge, par conviction, il s’était réfugié dans l’attitude simple de conteur d’histoires. Mort en 1982 à Perpignan, il laisse une œuvre qui, par-delà le terroir et la mémoire, incarne une vision antitotalitaire et c’est en ce sens qu’au-delà d’un certain régionalisme, elle atteint l’universel.
C’est à son petit-fils, Christophe, qui depuis des années œuvre pour le souvenir de son grand-père, que l’on doit une préface très personnelle sur cette haute figure littéraire qui reste encore bien méconnue, y compris dans ses terres catalanes.
